Cette page contient les réponses aux questions posées par e-mail.

Dernière mise à mise à jour : 14 août 2001

 

Sommaire des questions :

Nouveau *L'humanité continuera-t-elle toujours de progresser ?

* … il faut … qu'il y ait eu des facteurs décisifs ... qui ait choisi de créer l'univers.
... la mondialisation va contribuer à égaliser les revenus ... QUOI ?

* Echange d'E-mail (11 en tout) entre Alexandre et Jean-Pierre Burri :
-
Pourquoi l'univers serait-il fini dans le temps ?
-
… un temps hypothétique.
-
… dans les conséquences morales je trouve "la réincarnation" un peu naïve.
-
… le pas science-philosophie est franchissable (…), le pas science-religion ne l'est pas.
-
… possible d'arriver à une morale satisfaisante sans passer par la foi.
-
… votre thèse, a-t-elle un rapport, même éloigné, avec la naissance de la vie ?
-
… la vie a ses chances ailleurs…

* ... vous ne pouvez plus croire aux religions du Dieu en dualité, ...

* ... pourquoi rejeter que l'univers peut être infini ?

* Est-on sûr de la finition des parties de l'univers ?
* Sur base de quelle expérience peut-on envisager la réalité de ce prétendu monde extérieur… ?
* ... votre philosophie du Big Bang n'est-elle pas tributaire de vos convictions religieuses, … ?
* ... votre philosophie du Big Bang est-elle le reflet de la philosophie de type platonicien … ?
* Qu'est-ce qui nous permet de dire que le temps est limité ?

* Pour quelles raisons avez-vous composé la philosophie du Big Bang ?

* La seul différence…, c'est que ce que vous appelez L'Un, je l'appelle Dieu.
* Théologie et raison tendent vers le même but par des chemins différents…
* J'ai… la joie de constater l'Unité de toute chose. (Valentin 4).

* ... je crois beaucoup en Dieu et au Paradis, ...

* La foi est donc nécessaire (je pense à Kant) (Valentin 1).

* Big-bang à répétition, oui ou non ? (Valentin 2).

* En simplifiant, il n y a plus de "+" ni de "-" (Valentin 3).

* Rien n'exclut que la perception d'un homme soit dépassée par une notion réelle.

* Pourquoi créer une nouvelle philosophie alors que le Christianisme a fait ses preuves depuis deux mille ans ?

* ... il y a un paradoxe dans votre théorie.

* Lorsque nous mourrons, passe-t-on de l'univers au monde réel…?
(A.-C. 1)

* … pour FORMER un tout, et non pas pour se fondre dans la masse du tout.
(A.-C. 2)

* … j'ai peur de mourir. Comprenez-vous ?
(A.-C. 3)

*Peut-on connaître le futur ?

* A changer.

* Le monde réel est et reste un absolu,...

* D'où vient le mal ? (1)

* D'où vient le mal ? (2)

* ... que pensez-vous du voyage dans le temps ?

* Croyez-vous en Dieu ?

* ...l'immensité glaciale des ténèbres.

* Notion de créateur. 

* ... l'infini même en mathématique... 

* ... savoir ce qui se passait auparavant... 

* Croyez-vous à l'indéterminisme ? 

*... le Big Bang ne peut être à l'origine du temps et de l'espace. 

* Imaginer qu'elle (l'humanité) pourra maîtriser l'univers est une utopie. 

* ... nous ne connaîtrons jamais le début des temps... 

* ... (la) matière... évolue de façon aléatoire ? 

* ... notre esprit... est-il une simple organisation éphémère de neurones ? 

* ... fini... infini... plein... vide... 

* ... théorie... limitée par la matérialité...? 

* ... quelle est notre origine commune ? 

* Je ne comprends pas que l'espace et le temps soient générés par le Big Bang. 

* D'où vient le mal ? 

* ... la théorie du Big Bang confirme la vision d'un commencement et d'une fin, ... 

* Qu'est-ce que la doctrine bouddhiste peut apporter à la philosophie du Big Bang ? 

* Peut-être notre Univers n'est-il pas seul. 

* Le mot "réel" me paraît à lui seul appeler de nombreuses réserves. 

 

=================***=================

 

Questions de M. R. :

L'humanité continuera-t-elle toujours de progresser ?

 

Réponse à M. R. :

L'humanité et ses successeurs continueront presque certainement d'augmenter leurs connaissances et donc leur pouvoir.
C'est ainsi depuis des millions d'années et il n'y a pas de raison que ça s'arrête.

Par contre, la justice, la liberté, la démocratie et le bien-être matériel pour la majorité vont presque certainement disparaître, séparément ou tous ensemble, pour des périodes plus ou moins longues.
Pour augmenter les connaissances il suffit d'un cerveau et il y en a six milliards en ce moment sur notre planète. Pour maintenir la justice, la liberté, la démocratie et le bien-être matériel pour la majorité, il faut une morale et hélas personne n'est d'accord sur cette morale. L'égoïsme, le chauvinisme, le fanatisme religieux sont souvent bien plus forts.

Jean-Pierre Burri

 

=================***=================

 

Questions de Damien :

J'ai parcouru avec un immense intérêt votre site. Je vais l'ajouter au plus vite à la liste de liens de mon propre site que je vous invite d'ailleurs à visiter : http://site.voila.fr/changer_le_monde

Fantastique, vous dites des choses que je pensais depuis longtemps ! Votre philosophie va bien dans le sens d'une amélioration des choses sur Terre. Ne vous perdez donc pas dans les étoiles ! Votre style est très correct, et je n'ai noté qu'une seule erreur de syntaxe: " on y arrivera jamais " s'écrit " on n'y arrivera jamais ".
Bien sûr, ce n'est pas pour jouer au maître d'école que je vous écris. J'ai beaucoup de choses un peu plus excitantes à vous dire et à vous demander.

1. " Pourquoi l'univers existe-t-il ? "
D'accord pour dire que c'est une question essentielle, mais pour moi il y en a une qui l'est encore plus : " Que faire ? "
Vous dites que c'est une question sans réponse : ce n'est plus ce que je crois. En d'autres termes, je m'ose à dire que je crois y avoir peut-être trouvé une réponse.
Votre question sous-entend que l'existence de l'univers est contingente, elle est donc avec d'autres mots : " Pourquoi y a-t-il quelque-chose plutôt que rien ? "
C'est là la clef. Moi aussi, j'ai longtemps eu des vertiges (véritables !) en considérant la contingence de l'existence de l'univers. Mais aujourd'hui, je me dis qu'après tout, l'existence de l'univers était peut-être nécessaire.
Pour en arriver à cette conclusion, il faut partir de ce constat initial, primordial, basique : l'univers existe.
Mais qu'est-ce que le hasard ? Le hasard que l'on croit remarquer dans notre monde est souvent un déterminisme, une somme de facteurs que l'on ne connaît pas entièrement. Et qu'en est-il du hasard dans un monde qui n'existe pas encore ? Quels sont les facteurs ? Le hasard n'est pas doté de la capacité de choisir : il faut nécessairement qu'il y ait eu des facteurs décisifs : une volonté créatrice. - soit donc que ce soit une volonté, disons une " volonté divine ", qui ait choisi de créer l'univers.
Magnifique, n'est-ce pas, elle a bien fait ! Oui mais justement, si elle a fait cela, c'est qu'elle avait de bonnes raisons de le faire ! Dieu a créé l'univers : donc c'est une nécessité que les motivations de cet acte existaient avant la création. Et donc, le choix de cet acte était inévitable !
Dans tous les cas, on est conduit à la même conclusion : p = 1 ! L'univers est une imperfection qui est la manifestation nécessaire de la perfection du rien (seul le néant est parfait puisque seul lui possède des critères tout à fait objectifs de dénomination telle et les " remplit "). J'aime bien poétiser cela en disant, par exemple, que le big bang est l'explosion inéluctable et incommensurable de la force inouïe du néant instable en suspens dans le sans-temps-ni-espace. Un jaillissement de vie pour la vie et en l'honneur de la vie. Un ballon de baudruche que l'on gonfle pour pouvoir le contempler, car vidé de son air il est invisible, il est néant. C'est comme écarter les rideaux pour voir la lumière du jour : Dieu a écarté des atomes, devenus étoiles, fleurs et humains, pour pouvoir faire jaillir l'amour entre eux et le contempler, et pour que nous, nous le vivions. Oui, d'accord, nous sommes Un. Mais c'est mieux d'être Un avec de l'épaisseur, vous ne trouvez pas ? C'est plus " fun " !

2. C'est pourquoi je reste incrédule et inquiet devant votre désir que l'humanité rejoigne un jour le " monde réel ", qui pour vous désigne paradoxalement le sur-monde, le monde extérieur, peut-être le monde des idées de Platon. L'un antérieur au big bang qui est sa manifestation matérielle. Que voulez-vous dire par-là ? Ne désirez-vous pas que l'humanité vive heureuse sur Terre, bien ancrée dans le monde matériel, bien que ne se privant pas de la joie du détachement, de la philosophie et de la spiritualité ?

3. Moi aussi, j'ai remis en doute le libre-arbitre, à un moment. Mais j'ai toujours en mémoire les découvertes hallucinantes de la mécanique quantique, et puis surtout je suis comme vous : même si ma liberté n'est qu'une illusion, je l'exerce !

4. Et d'ailleurs, et ce sera mon dernier point, je trouve que notre libre-arbitre nous conduit à nous obliger nous-même d'améliorer les choses sur Terre. C'est le point le plus délicat, mais le plus essentiel.
Vous avez raison d'affirmer l'unité du genre humain, mais attention ! L'humanité est une mosaïque de cultures, langues et façons de vivre cette chance qu'est la vie, qui sont très diverses et toutes d'une valeur inestimable, et qui sont à préserver absolument.
Vous parlez de l'Europe, je crois. Ce n'est bien sûr qu'une étape vers une coordination et une coopération mondiale. Je vous invite aussi à penser à la nécessité d'une langue commune, auxiliaire, internationale : l'espéranto ferait très bien l'affaire.
Mais surtout, vous affirmez que la mondialisation va contribuer à égaliser les revenus sur toute la planète. QUOI ? ? ? Comment peut-on être aussi naïf ?
Vous ne vous intéressez pas vraiment à l'actualité, je crois. Où avez-vous entendu dire ça ? C'est un affreux mensonge ! Si ce qu'on mondialise, c'est la course au profit à tout prix, en particulier au prix de l'exploitation, de la pollution, du viol de notre planète, de l'irrespect des droits du travail et des droits humains en général, du travail des enfants, de l'uniformisation, du bourrage de crânes et d'estomacs, du travail payé le moins possible, de la mécanisation et du gigantisme maximal, du chômage et de la disparition de l'artisanat, des cultures vivrières et de la notion de dignité, dites-moi, trouvez-vous vraiment que la mondialisation soit un progrès ?
Ce qu'il faut mondialiser, ce sont les notions de dignité, de solidarité, de partage, de coopération, de respect de la planète et des êtres, et enfin la fraternité, la compréhension mutuelle et la joie.
Voilà. Je ne vous dis mon âge que maintenant, sinon ça aurait tout gâché : je n'ai pas encore terminé mon vingtième tour autour du soleil à la lumière du jour. (Mais bien sûr, pour moi, ça ne veut pas dire grand chose.)

Bigbanguesquement.

 

Réponse à Damien :

1) Pourquoi l'univers existe-t-il?

Selon moi, l'univers fini a besoin d'une cause et cette cause se trouve à l'extérieur de l'univers, hors de l'espace-temps. Le problème est que l'extérieur est sans dimensions, donc impensable, incalculable. Aucun raisonnement ne s'applique là. C'est extrêmement frustrant mais c'est ainsi.
Vous semblez trouver que la création de l'univers est une bonne chose, "pour pouvoir faire jaillir l'amour". Je pense au contraire que la souffrance est venue avec l'espace-temps, qui a haché le "UN". Ma vision pessimiste est partagée par TOUTES les religions du monde. En ce sens, elle est très classique, à part la quatrième hypothèse.

2) "Ne désirez-vous pas que l'humanité vive heureuse sur terre?"

Bien sûr que si, de toutes mes forces, mais ce n'est pas possible dans l'absolu puisque l'univers est temporaire et qu'il est haché par l'espace-temps. Ceci dit, j'ai toujours travaillé et je continuerai de le faire pour améliorer nos conditions ici et maintenant.

3) OK

4A) Espéranto.

Étant adolescent, j'avais suivi des cours de cette langue universelle.
(J'ai tout oublié). Je soutiens le but du fondateur et de ses promoteurs, qui est le même que le mien, mais je dois reconnaître que l'anglais est en train de faire la même chose...

4B) "La mondialisation va égaliser les revenus sur toute la planète".

C'est un fait de science économique, qui n'est plus contesté que par la rue ignorante ou égoïste, que les pays qui se sont ouverts au commerce international se sont développés de façon fantastique alors que ceux qui ont choisi de ne développer que leur marché intérieur ont stagné. Dans les premiers, on trouve le Japon, la Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong, Singapour et dans le deuxième l'Inde, le Pakistan, La Birmanie et toute l'Afrique.
Je vous rappelle qu'au début les salaires japonais étaient abyssaux et ils sont aujourd'hui les plus élevés du monde. La Corée du Sud était égale au Sénégal il y a 20 ans et aujourd'hui elle est égale au Portugal. (Le Sénégal est toujours pareil à lui-même). Hong Kong, qui faisait peine à voir quand je l'ai visitée il y a 38 ans, a aujourd'hui un PNB plus élevé que la Grande-Bretagne!
Les bas salaires ne me font pas plaisir mais ils sont la conséquence d'une surpopulation et donc d'une offre presque illimitée de main d'oeuvre. Ils sont nécessaires pour amorcer le départ économique et ils ne resteront pas éternellement bas.
La pire des pollutions a été le fait des communistes en Union Soviétique, alors...
Vous n'avez visiblement pas étudié la question sérieusement (je peux dire cela puisque vous me trouvez naïf). Si les gens de bonne volonté comme vous mais ignorant la science économique avaient un jour le dessus en politique, la condition des peuples des pays pauvres empirerait dramatiquement.
Adam Smith a remarqué, il y a plus de deux cents ans, que l'égoïsme individuel (travail acharné pour s'enrichir) finissait par rendre service à toute la société.

Jean-Pierre Burri

 

=================***=================

 

E-mail 1 d'Alexandre :
(fait partie d'une série de 11 E-mails entre Alexandre et Jean-Pierre Burri)

Je viens de découvrir votre site... idées intéressantes néanmoins rapidement 2 questions importantes :

  1. Vous dites : "L'univers étant fini dans le temps, il va retourner dans le monde extérieur."
  2. Pourquoi l'Univers serait-il fini dans le temps ? La Physique moderne ne répond pas a cette question : la fin de l'Univers n'est pas prévisible dans l'état actuel des connaissances. Le Big-crunch n'est qu'une hypothèse... De plus rien n'indique que le temps n'existe pas hors de l'Univers.

  3. Vous dites : "L'univers est aussi complètement entouré par le monde extérieur aux limites de ses grandes dimensions et aussi a chaque point de l'espace vers l'infiniment petit."

Je suis d'accord pour les grandes dimensions (les limites) mais pourquoi l'infiniment petit ? L'infiniment petit est dans notre univers il n'a donc pas de lien avec le "monde réel".

Merci,
Alexandre.

 

E-mail 2 de Jean-Pierre Burri :
(fait partie d'une série de 11 E-mails entre Alexandre et Jean-Pierre Burri)

"La fin de l'univers n'est pas prévisible dans l'état actuel de nos connaissances."
C'est vrai, mais si l'univers est fini dans l'espace, comme je le pense, alors il est aussi obligatoirement fini dans le temps.
Philosophiquement, le temps n'est que la MESURE des transformations de l'univers. Un univers fini dans un temps infini supposerait qu'il se répéterait infiniment. Les mêmes situations reviendraient infiniment. Les lois de la thermodynamique n'y trouveraient pas leur compte.

"Rien n'indique que le temps n'existe pas en dehors de l'univers."
Si la théorie du big bang est juste et que l'univers était infiniment petit au point 0, alors le temps disparaît aussi, avec l'espace.

"...et aussi à chaque point de l'espace vers l'infiniment petit."
Ici je dois attirer votre attention sur le fait que le texte français n'a pas encore été modifié comme l'a été le texte anglais qui dit : à chaque point de l'espace vers les petites dimensions. C'est une lectrice américaine qui a justement attiré mon attention sur le fait que les mots infiniment petits induisaient en erreur. En effet, l'infiniment petit n'existe pas dans l'univers. L'univers est donc comme une éponge qui flotte au milieu de l'océan, l'océan étant ce que j'appelle le monde réel. Aujourd'hui on pense que la plus petite partie est une corde (string) à une dimension qui aurait la longueur de Planck.

Jean-Pierre.

 

E-mail 3 d'Alexandre :
(fait partie d'une série de 11 E-mails entre Alexandre et Jean-Pierre Burri)

Je suis d'accord que l'espace et le temps sont lies et qu'un espace fini implique un temps fini. Néanmoins, votre phrase "l'Univers étant fini dans le temps" implique une fin du temps et donc de l'espace. Or si l'Univers est ouvert, l'espace et le temps seront en expansion perpétuelle. Dans ce cas comment retrouverons nous le "monde extérieur ?"

Autrement dit, votre conception me parait s'accorder uniquement avec un Univers ferme... mais je me trompe peut-être...

Vous dites : "Rien n'indique que le temps n'existe pas en dehors de l'univers. Si la théorie du big bang est juste et que l'univers était infiniment petit au point 0, alors le temps disparaît aussi, avec l'espace."
Vous avez raison pour notre Univers. Je parlai d'un temps hypothétique a l'extérieur de notre Univers. Mais ce n'est pas NOTRE temps j'en conviens.

Je ne vois pas encore dans quelles mesures les cordes cosmiques constituent un lien avec le monde extérieur... mais je vais y réfléchir !

Vos idées sont intéressantes et rafraîchissantes. Etes vous le pionnier de
cette philosophie ?

Alexandre.

 

E-mail 4 de Jean-Pierre Burri :
(fait partie d'une série de 11 E-mails entre Alexandre et Jean-Pierre Burri)

"Comment retrouverons-nous le monde extérieur ?"
Vous avez sans doute appris par la presse récemment que l'univers était plat. Cela signifie qu'il peut être fini ou infini, mais l'infini n'est plus une certitude. Quoi qu'il en soit, ces questions de géométrie de l'univers ne prennent pas en compte l'influence de l'humanité, à très long terme, sur l'univers. Selon la quatrième hypothèse, l'humanité reconduira l'univers dans le monde réel. Je souhaite que vous relisiez, lentement, la quatrième hypothèse.

"Les cordes cosmiques constituent un lien avec l'extérieur".
Je n'ai pas dit ça. S'il y a un lien avec le monde extérieur, nous ne le connaissons pas et ne pouvons pas le connaître. Les cordes sont simplement le dernier échelon avant le monde extérieur.

"Etes-vous le pionnier de cette philosophie ?".
Oui. C'est le résultat de 45 ans de réflexion. En matière d'écriture, ce doit être un record de lenteur.

Jean-Pierre.

 

E-mail 5 d'Alexandre :
(fait partie d'une série de 11 E-mails entre Alexandre et Jean-Pierre Burri)

Votre 4eme hypothèse est très belle mais je reste sceptique en ce qui concerne la finitude du temps telle qu'énoncée dans la 2eme hypothèse...

Autres remarque : dans les conséquences morales je trouve "la réincarnation" un peu naïve :
"Quand nous naissons, une toute petite partie de l'univers s'incarne en nous pour une durée moyenne de quelques dizaines d'années.
Quand nous mourons, il se désincarne. Il se réincarne ensuite dans nos successeurs. Chaque jour, depuis que la vie existe, il s'incarne, se désincarne et se réincarne un nombre considérable de fois."

La terminologie "réincarne" implique pour moi une transmission directe de quelque chose. Or seule l'ŒUVRE des hommes est transmise et c'est très indirectement (comme vous le dites d'ailleurs). Je suis donc gêné par le terme (mais pas par l'idée).

Dernière question : Avez vous des interactions avec des scientifiques ?

Alexandre.

 

E-mail 6 de Jean-Pierre Burri :
(fait partie d'une série de 11 E-mails entre Alexandre et Jean-Pierre Burri)

Finitude du temps. Il est normal que vous soyez sceptique. Je n'attends pas que mes lecteurs avalent toutes mes idées comme un verre d'eau. Les idées philosophiques se digèrent au fil des ans.

Réincarnation naïve. Je ne suis pas très satisfait moi-même de la façon dont je m'exprime à ce sujet. J'essaie de parvenir à de meilleures descriptions avec l'aide de mes lecteurs, ce que vous avez admirablement fait.

Interaction avec des scientifiques. J'ai fait des études de sciences politiques et je ne suis donc pas physicien, hélas, car ça m'aiderait aujourd'hui. Je fais tout ce que je peux pour me tenir au courant des dernières découvertes. Il faudrait à ce site un physicien et un mathématicien qui auraient de la sympathie pour les idées exprimées (sans être obligatoirement d'accord avec toutes) et qui pourraient répondre lorsque des questions techniques arrivent. C'est une invitation ouverte et si vous êtes intéressé vous serez le bienvenu.

Votre adresse Internet donne l'impression que vous êtes en Angleterre, dans le département de physique théorique d'une université. Est-ce exact ?

A bientôt,
Jean-Pierre.

 

E-mail 7 d'Alexandre :
(fait partie d'une série de 11 E-mails entre Alexandre et Jean-Pierre Burri)

C'est exact, mon adresse électronique est un véritable CV ! Je suis actuellement en post-doctorat après une thèse en astrochimie. Ma recherche est éloignée de la cosmologie mais comme beaucoup de physiciens l'histoire de l'Univers m'intéresse.

Vous savez sans doute qu'un physicien ne reçoit pas de formation en philosophie, ce qui est regrettable. Des cours de philosophie des sciences sont néanmoins donnés dans certaines universités. De plus, si le big-bang est largement commenté dans la littérature, ce n'est jamais vraiment de façon philosophique. C'est pour cette raison que votre idée est intéressante en tant que telle. Aucun étudiant physicien ne serait choqué par un cours de philosophie du big-bang, de la mécanique quantique, de la gravité quantique, etc...

Cependant, a mon avis, vous allez bien au-delà de ce qu'un scientifique peut tirer de philosophique de la science. Pour cette raison, vous aurez probablement du mal a vous allier avec un pur scientifique qui ne franchira pas certaines limites. Personnellement je ne vous serai d'aucune aide car je manque clairement de compétences a la fois en cosmologie et en philosophie. Je suis comme vous il y a 45 ans. Je suis également convaincu du fait que si le pas science-philosophie est franchissable (et il le doit), le pas science-religion ne l'est pas. La science ne dit pas que notre vie a un sens. Votre philosophie du big-bang est donc a mon sens une philosophie "personnelle" du big-bang, voire une religion du big-bang (cf. 4eme hypothèse). Elle n'en reste évidemment pas moins intéressante. Il reste à mettre clairement les limites entre ce que montre la science et ce qu'on aimerait qu'elle signifie... Mais nous sommes probablement d'accord sur ce point.

Bref, il est certain que votre site gagnerait a préciser certains points (dans les hypothèses générales) critiques pour un physicien. Vous pourriez peut être envoyer l'adresse de votre site a certains spécialistes de cosmologie pour voir leur réaction... Les astrophysiciens s'intéressent généralement aussi a la philosophie.

Je vais de mon cote chercher s'il existe d'autres choses philosophiques sur le big-bang. J'en recherche également sur la mécanique quantique... Je vous tiendrai évidemment au courant.

Alexandre.

 

E-mail 8 de Jean-Pierre Burri :
(fait partie d'une série de 11 E-mails entre Alexandre et Jean-Pierre Burri)

"Vous aurez probablement du mal à vous allier avec un pur scientifique...".
Vous avez raison. Il faut faire une différence entre la méthode de travail, qui doit rester rigoureusement scientifique, et l'engagement personnel, qui n'est PAS scientifique.

"Le pas science-religion n'est pas franchissable".
Je suis d'accord avec vous parce que tout l'effort de la philosophie du Big Bang est de démontrer qu'il est possible d'arriver à une morale satisfaisante sans passer par la foi.

"...une religion du Big Bang, 4ème hypothèse".
Ici je proteste avec énergie. La quatrième hypothèse est basée sur le fait que l'humanité progresse depuis deux millions et demi d'années, et qu'il n'y a pas de raisons que ça s'arrête, et sur le fait que l'univers est malléable. Il y a un raisonnement, pas la foi ! C'est en quelque sorte le principe anthropique qui est élargi. Ceci est important, qu'en pensez-vous ?

"Bref, il est certain que votre site gagnerait a préciser certains points (dans les hypothèses générales) critiques pour un physicien."
Avez-vous des suggestions ?

A bientôt,
Jean-Pierre.

 

E-mail 9 d'Alexandre :
(fait partie d'une série de 11 E-mails entre Alexandre et Jean-Pierre Burri)

"Le pas science-religion n'est pas franchissable. Je suis d'accord avec vous parce que tout l'effort de la philosophie du Big Bang est de démontrer qu'il est possible d'arriver à une morale satisfaisante sans passer par la foi."
Nous sommes absolument d'accord sur ce point qui me parait essentiel.

"...une religion du Big Bang, 4hme hypothèse. Ici je proteste avec énergie. La quatrième hypothèse est basée sur le fait que l'humanité progresse depuis deux millions et demi d'années, et qu'il n'y a pas de raisons que ça s'arrête, et sur le fait que l'univers est malléable. Il y a un raisonnement, pas la foi! C'est en quelque sorte le principe anthropique qui est élargi. Ceci est important, qu'en pensez-vous?"
Vous avez raison tout est la et je suis allé un peu vite. Il faut que je vous relise plus attentivement. Votre 4eme hypothèse (qui implique un sens a la vie des hommes) m'a semble hâtive. En fait, ce n'est qu'une hypothèse de travail et je dois l'accepter telle quelle. C'est peut être le mot destin qui m'a gêné...

"Préciser certain point. Avez-vous des suggestions?"
Je tacherai de relire l'ensemble dès que j'aurai plus de temps. A mon avis, les premières hypothèse seraient a réexpliciter en tenant compte des divers scenarios possibles pour la fin de l'Univers, et des tendances actuelles (univers plat, etc...). En termes de Physique donc. J'aurai du mal à vous aider car comme je vous l'ai dit je ne me sens pas compétent. A nouveau je vous renvoie a des spécialistes... et je pense que cela vaut vraiment la peine pour édifier correctement les hypothèses de base.

Alexandre.

 

E-mail 10 de Jean-Pierre Burri :
(fait partie d'une série de 11 E-mails entre Alexandre et Jean-Pierre Burri)

A mon tour de vous poser une question sur votre thèse. A-t-elle un rapport, même éloigné, avec la naissance de la vie ? En peu de mots, qu'avez-vous trouvé?

A bientôt,
Jean-Pierre.

 

E-mail 11 d'Alexandre :
(fait partie d'une série de 11 E-mails entre Alexandre et Jean-Pierre Burri)

Effectivement ma thèse avait un lointain rapport avec cela puisqu'elle concernait l'étude de molécules impliquées dans l'apparition de la vie. Néanmoins, rien de philosophique la dedans, mon travail était de la pure chimie-physique.

Par contre, ce que beaucoup de scientifiques pensent aujourd'hui, c'est que l'apparition de la vie sur la Terre a probablement été aidée par l'apport de premiers acides amines ("briques" du vivant) provenant de l'espace interstellaire. Bien qu'aucun de ces acides amines n'ai été détecté dans l'espace de façon certaine a ce jour, tout porte a croire qu'ils peuvent s'y former. Ils auraient ainsi pu être déjà présent dans la nébuleuse pré-solaire puis échouer sur notre planète par l'intermédiaire des météorites. Beaucoup de gens travaillent actuellement sur ce scénario... (avez vous entendu parler de André Brahic ?)

En ce qui concerne la philosophie, ce que j'en conclus est que les briques de la vie sont probablement présentes dans tous l'Univers, attendant uniquement une planète "accueillante" pour s'y développer... Il semble aujourd'hui que peu d'endroits dans l'Univers soit accueillants. On pourrait aussi dire que la vie est délicate et que les conditions qu'elle nécessite sont extrêmement rares. Tout dépend alors de ses convictions personnelles.

En tous les cas, si l'on suppose que la Terre n'est pas une exception de l'Univers, mais au contraire que la vie a pu ou pourra se développer ailleurs, alors peu importe qu'un astéroïde, l'homme ou autre chose détruise notre planète dans l'avenir, la vie a ses chances ailleurs...

Alexandre.

 

=================***=================

 

Questions de André :

J'aimerais beaucoup vous faire admettre une autre chose, essentielle pour moi.
Quand vous dites : "L'univers est aussi complètement entouré par le monde extérieur aux limites de ses grandes dimensions et aussi à chaque point de l'espace vers l'infiniment petit," et qu'ensuite vous désignez par là votre "Monde Réel", vous ne pouvez plus croire aux religions du Dieu en dualité, compère du diable, qui intervient quand et où il veut etc.
Ou bien Dieu est à chaque point de l'espace tout le temps, ou il n'est pas, le reste n'est pas logique.

Réfléchissez bien là-dessus, je vous en prie. Vous ne pouvez plus confirmer toutes les grandes religions sans distinction, sans réserves expresses.

Site d'André : http://altern.org/disilexi
E-mail :
achollet@infomaniak.ch

 

Réponse à André :

Dieu ne s'est jamais présenté aux hommes et ne leur a pas demandé de faire ceci ou cela. Tout est sorti de l'esprit des hommes, comme le monde réel est sorti du mien. L'idée de Dieu que les hommes avaient au temps de la Bible correspondait à l'idée qu'ils avaient du cosmos.
Bien sûr que nos idées de Dieu ne peuvent plus être les mêmes.

Ce qui est semblable à la Bible, dans la philosophie du Big Bang, c'est que l'univers est fini dans le temps, qu'il vient du monde réel (Dieu) et qu'il y retournera. Comme dans la Bible, je dis que nous étions mieux dans le monde réel et que nous serons mieux quand nous y serons retournés. Comme dans la Bible, je dis qu'il faut aimer son prochain. Voilà les éléments qui me semblent importants.

Ceci dit, je ne crois pas à l'existence du diable pas plus qu'à un jugement dernier qui mettraient les bons d'un côté et les mauvais (l'écrasante majorité) de l'autre. L'enfer est ici et maintenant. Il a l'avantage, par rapport à celui de la Bible, d'être temporaire et d'offrir des bons moments, comme lorsque j'écris à mon ami André.
Pour moi, tout le monde ira au paradis comme le disait un chanteur français il y a deux ans. Je ne crois pas à l'origine miraculeuse de Jésus pas plus qu'à sa fin tout aussi miraculeuse.
C'est justement parce que le mot Dieu véhicule tant de vieilles idées que j'ai choisi "monde réel" pour le remplacer. Une erreur historique a été de faire de Dieu un personnage avec nos qualités et défauts à l'échelle cosmique.
Le monde réel est au-delà du bien et du mal, il est tellement abstrait qu'on ne peut pas le penser.
Nous ne pouvons pas penser le monde réel, nous pouvons seulement déduire son existence. Nous ne pouvons pas savoir quelles relations il a avec l'univers. Tout ce qu'on peut imaginer a autant de valeur qu'un conte de fée.

J'ai dit que la philosophie du Big Bang confirmait les grandes religions dans ce qu'elles avaient d'ESSENTIEL. Cela signifie qu'il y a un considérable travail d'élagage à faire dans chacune d'entre elles.

Jean-Pierre Burri

 

=================***=================

 

Questions de Fabien Benoit :

J'ai lu avec un grand intérêt votre théorie qui, il faut bien le reconnaître, est plutôt cohérente avec elle-même si l'on admet que les hypothèses de départ sont justes.

Or quelque chose m'a choqué dans une de vos réponses : votre théorie se base sur le fait que l'univers est fini, bien qu'il puisse exister un nombre fini d'univers parallèles. Vous dites à ce propos (réponse à Funboy) :
"Parlez-moi d'un nombre d'univers aussi grand que votre imagination vous le permet, et je serai à l'aise avec votre chiffre, mais ne me parlez pas d'un nombre infini."

Très bien, je propose qu'il existe n univers disjoints (parallèles). Alors vous acceptez l'idée qu'il est possible qu'il en existe n+1, 10*n ou n^1000000000. J'applique mots pour mots votre phrase. Et c'est la définition au sens mathématique de l'infini ! Pour tout n, il existe un n plus grand.

De toutes manières, il est inutile de recourir à un nombre fini d'univers pour avoir les "absurdités" dont vous parlez. Si l'on admet que l'homme n'est qu'un assemblage fini de ses particules élémentaires (ce qui je crois est votre avis), alors au bout de n univers parallèles, n assez grand, une configuration identique à la mienne apparaîtra et j'aurais donc un sosie vivant au même instant dans les même conditions que moi. Pour n encore plus grand, on trouvera 2,3,10, sosies, etc.
Donnez-moi n'importe quel nombre et je trouverai le nombre d'univers qu'il faut pour avoir autant de ces jumeaux.

Conclusion : Votre théorie rejette l'infini de l'univers, mais admet qu'il peut être aussi grand que l'on veut. Contradiction ! A mon humble avis pour que votre théorie soit plus correcte, il faut rejeter l'existence d'autres univers. Mais je pense qu'il est probable qu'ils existent, malheureusement. Et comme il n'y a aucune raison pour qu'il y en ait un nombre donné, pourquoi rejeter que l'univers peut être infini ?

 

Réponse à Fabien Benoit :

Pour dissiper tout malentendu, je tiens à dire que je nie pas l'infini ! Pour moi, le monde réel qui est non calculable, donc non mesurable, est par définition infini. Ce qui est fini c'est l'univers calculable, qui englobe tout ce que nous pouvons comprendre plus des univers parallèles hypothétiques mais calculables eux aussi.

Il ne suffit pas de dire que pour tout n, il existe un n plus grand pour avoir l'illusion confortable qu'on a résolu le problème de l'infini. Pour moi, le nombre le plus grand possible est celui qu'on calculerait dès aujourd'hui avec l'ordinateur le plus rapide jusqu'à la fin de l'univers dans x milliards d'années. Il serait assurément très grand, mais pas infini. Ces considérations m'ont amené à penser qu'on ne construisait pas un univers infini avec des parties finies. L'infini ne peut être fait que d'infini.

Je ne vois donc pas de contradictions dans mon exposé. L'univers peut être aussi grand que vous voulez, soit, mais vous ne pourrez jamais décrire, calculer, un univers infini, parce qu'il n'existe pas.

Si l'univers était infini, la philosophie du Big Bang s'écroulerait en entier, avec notamment la morale qu'elle dégage. (L'avez-vous lue ?)

Jean-Pierre Burri

 

=================***=================

 

Questions de D. M. :

En lisant la philosophie du Big Bang que vous proposez, celle, au fond, d'un univers complètement fini, je trouve d'une part que vous fondez la complétude de la finition de l'univers au niveau macrocosmique sur la finitude, que vous supposez, de ses parties. Vous en arrivez ainsi à former l'hypothèse d'un monde extérieur, pourtant présent partout dans l'univers issu du Big Bang.

Mais, votre argumentation fait surgir quelques questions :

  • Est-on sûr de la finition des parties de l'univers ? Le calcul infinitésimal ne demande-t-il pas, avec la découverte des quanta, que l'on renonce à une certaine illusion d'une finition même des infimes particules de la matière ? Ce qui mettrait votre hypothèse de travail en péril ?
  • Sur base de quelle expérience peut-on envisager la réalité de ce prétendu monde extérieur, et même le fait qu'il soit à l'origine de l'univers que vous dites fini dans le temps ?
  • Dans quelle mesure votre philosophie du Big Bang n'est-elle pas tributaire de vos convictions religieuses, conscientes ou inconscientes ?
  • Dans quelle mesure votre philosophie du Big Bang est-elle le reflet de la philosophie de type platonicien de l'Idée dont les choses ne sont que des imitations imparfaites, et de la préexistence de l'âme sur le corps et plotinien de la procession du multiple à partir de l'un ?
  • Qu'est-ce qui nous permet de dire que le temps est limité ? N'est-ce pas plutôt notre mesure du temps à partir du mouvement, du nombre, et de la lumière qui est plutôt finie ?

 

Réponse à D. M. :

  • Est-on sûr de la finitude des parties de l'univers ?
    Ma définition de l'univers fini est la suivante : Tout ce qui est calculable.
    Les particules quantiques, qui peuvent être simultanément des particules ou des ondes, sont parfaitement calculables. Les cordes, ces objets à une dimension, uniquement théoriques pour le moment, à l'origine de l'espace et de tout de qui existe, sont calculables. (Super string theory). Tout dans l'univers est calculable.
  • Sur la base de quelle expérience... le monde extérieur ?
    L'univers fini exige une cause extérieure. Il ne peut pas être auto-suffisant (self-sustained) contrairement à un univers infini.
  • Tributaire de vos convictions religieuses ?
    C'est une question à laquelle je ne peux, honnêtement, pas répondre. Je me suis demandé ce que serait devenue ma philosophie si j'étais né dans une famille bouddhiste en Asie. Je crois que tout ce qu'on apprend dans sa vie a une influence sur sa pensée.
    L'objectivité totale n'existe pas. Je suis né dans une famille chrétienne mais je n'ai jamais eu la foi. La philosophie du Big Bang est un essai de trouver la vérité à partir de la science et du raisonnement. En principe elle devrait être acceptable par tous les habitants de la planète qui sont d'accord de partir de ces deux choses : science et raisonnement.
  • Philosophie de type platonicien ?
    Vous avez raison, c'est une philosophie de type platonicien. Mais je ne suis pas parti de Platon, je me suis aperçu à posteriori qu'elle était platonicienne.
  • Le temps est limité ?
    Philosophiquement le temps est la mesure de la transformation de toute chose. Comme l'univers est fini, limité, le temps qui le mesure ne peut être que fini, limité, lui aussi.

Vos commentaires et questions me font penser que vous connaissez bien la philosophie. J'aimerais que vous me donniez votre avis sur mes réponses et que nous continuions notre dialogue encore un moment.

Jean-Pierre Burri

 

Commentaires de D. M. :

Je vais donner un avis, comme vous l'avez demandé sur les réponses que vous m'avez données.

...

Votre définition de l'univers fini est : "Tout ce qui est calculable".

Et comme tout dans l'univers est calculable, alors l'univers est fini. En choisissant d'appréhender le "fini" par le "calculable", avez-vous voulu faire un choix méthodologique théorique ? Votre définition me semble ne comprendre l'univers que sous l'angle quantifiable, et votre concept de "fini" signifie dès lors "limité", et reste dans l'ordre du mesurable, du mathématisable. Ce choix peut être fécond quand on cherche à mettre sur pied une réflexion seconde qui part des résultats empiriques de la science, ici, de l'astrophysique, mais il ne devrait pas prétendre à l'exhaustivité.

Dans la définition II de l'Ethique démontrée selon l'Ordre Géométrique, B. Spinoza écrit : "Est finie en son genre, la chose qui peut être bornée par une autre de même nature. Par ex. un corps est dit fini, parce que nous en concevons toujours un autre plus grand. De même, une pensée est bornée par une autre pensée. Mais un corps n'est pas borné par une pensée, ni une pensée par un corps." En prenant cette définition de Spînoza avec les nuances nécessaires, on peut poser la question de savoir quelle serait la nature de cette cause extérieure à l'univers ? Et comme Aristote qui s'interrogeait sur la nature de la cause efficiente première, cette cause serait-elle matérielle ou non-matérielle, de la même nature que l'univers ou non, et en quel sens est-elle cause ? Aristote peut aider à trouver une série de conceptions de la causalité (cf.Physiques, Métaphysiques), et saint Thomas d'Aquin qui fait un bon commentaire d'Aristote, surtout quand il conçoit les fameuses preuves de l'existence de Dieu.

La recherche même d'une cause extérieure à l'univers n'est-elle pas un piège ? N'est-ce pas le fait de notre habitude perceptive ? (David Hume avec sa critique de la causalité, qui a beaucoup inspiré Kant : Critique de la raison pure, 2°partie, 2°division : dialectique transcendantale, livre 2°, chapitre 2 : antinomie de la raison pure, 1e section : système des idées cosmologiques).

Le modèle de l'univers que propose la théorie du Big Bang n'est-il pas un modèle parmi plusieurs autres modèles de l'univers ? . Certes la science astrophysique moderne semble s'être appropriée ce modèle de Georges Lemaitre.
Les résultats positifs que, grâce à la théorie de la relativité générale, les astrophysiciens obtiennent dans leurs recherches de l'intelligibilité de l'univers, ne devraient pas faire oublier que la théorie du Big Bang est d'abord une théorie spéculative basée sur le calcul mathématique.

Vous dites que vous n'avez jamais eu la foi et que, cependant, vous cherchez la vérité à partir de la science et du raisonnement. On peut ne pas professer une foi explicite, mais en vivant dans un milieu constitué par une foi donnée, on finit, même inconsciemment, par épouser certaines catégories que véhicules cette foi. Mais cela n'est pas directement important.
L'essentiel me semble être ceci que la vérité qu'on obtient par une adhésion à la science (foi scientifique) et au raisonnement (réflexion a posteriori sur les résultats de la science), est une vérité transitoire. Pour parler comme K. Popper, elle est falsifiable, soumise aux révolutions scientifiques. Elle ne peut pas être certitude de vie comme l'est souvent une foi religieuse. L'exigence de vérité me semble dépasser les données de la science, même si elle doit en tenir compte. La vérité issue de la science est le reflet d'une époque, elle est fille de son temps, comme Hegel disait de la philosophie qu'elle était fille de son temps.

Philosophie de type platonicien ? Je suis d'accord avec la réponse que vous m'aviez donnée. Je constate qu'elle procède méthodologiquement de façon aristotélicienne, pour conclure sur le modèle platonicien.

L'objectivité totale n'existe pas. A première vue, je suis d'accord. Ce que je peux appeler "révolution phénoménologique" en philosophie, avec Husserl, montre suffisamment que la vérité, même celle de la science, dépend le plus souvent de l'intentionnalité de celui qui élabore une hypothèse ou une théorie données. Je parle d'avantage de l'intentionnalité opérante et de l'intentionnalité d'acte. Husserl disait que l'objectivité était un accord de subjectivité. Maurice Merleau-Ponty dirait qu'elle est le géométral par lequel se recoupe nos perspectives perceptives. La vérité de la science expérimentale consiste dans l'accord entre une formule, une loi ou une théorie données avec les résultats de la vérification expérimentale. La vérité à laquelle on conclut de cette sorte correspond à une des définitions scolastiques de la vérité : "accord de l'intelligence et de l'objet", comprise comme "conformité de l'intelligence à l'objet" (c'est la vérité des êtres finis). La vérité divine étant "la conformité de l'objet avec l'intelligence".
Mais l'on peut poser la question de savoir quel rapport vous établissez entre objectivité et vérité ?

Votre définition du temps correspond plus ou moins à celle qu'en donne Aristote (cf. Physiques) : "le temps est la mesure du mouvement selon le nombre". Mais si la définition d'Aristote garde quelque valeur, on peut se demander si, gardant l'infinité de principe pour le nombre, le temps qui se comprend selon "le nombre" et le mouvement n'acquiert pas une nouvelle dimension qui, à quelque titre, l'empêcherait d'être purement et simplement fini comme ce dont il est la mesure, à considérer que l'univers soit effectivement fini.

 

Réponse à D. M. :

  1. Définition de l'univers.
    Selon moi, tout dans l'univers est calculable, même le son le plus doux ou le parfum le plus subtil. Notre pensée ne l'est pas encore mais le sera un jour quand nous aurons compris tout le "hardware" et le "software" de notre cerveau. Notez bien que ceci est une pensée philosophique. J'aime beaucoup la nature, la peinture et la musique et quand je les vois ou les entends je ne pense pas à des chiffres ! Cette démarche a pour but la plus grande objectivité possible.
  2. Nature de la cause extérieure à L'univers.
    La philosophie du Big Bang insiste sur la coupure absolue qu'il y a entre l'univers et le monde réel pour notre esprit. Le monde réel est IMPENSABLE, incalculable. Ce monde sans dimensions ne se prête pas à notre raisonnement. Notre vocabulaire est totalement incapable de le définir. Quand je dis "le monde réel existe" ou "nous étions mieux dans le monde réel" cela ne correspond pas à la réalité du monde réel, qui est en dehors de notre raisonnement, mais c'est la seule façon que j'aie de m'exprimer et de communiquer mes idées avec d'autres humains dans l'univers.
  3. Recherche de la cause extérieure.
    Dans le même ordre d'idées que celles exprimées ci-dessus, on peut dire que pour nous, humains vivant dans un univers à quatre dimensions, le monde réel est la cause de l'univers tout en sachant que le monde réel est un monde sans causes et conséquences ! (Sinon il serait calculable).
  4. Modèles d'univers.
    Bien sûr que le big bang est un modèle parmi d'autres. Vous aurez d'ailleurs remarqué que la philosophie du Big Bang est basée sur quatre hypothèses. Selon moi, la première hypothèse pourrait être vérifiée théoriquement dans les prochaines dizaines d'années avec la théorie des cordes (super string theory) et peut-être même expérimentalement par des satellites qu'on va placer en orbite ces prochaines années. Mais on n'arrivera pas à un résultat clair et net avant longtemps.
  5. Vérité transitoire.
    Je suis d'accord avec vous sur la fragilité de cette vérité et je l'ai dit dans "Conséquences morales de la philosophie du Big Bang" mais pour moi cela vaut mieux que la foi qui peut être une erreur totale. La foi, pour moi, peut-être deux choses :
    A) une intuition immédiate et complète de la vérité, sans passer par le raisonnement,
    B) une démission, un renvoi de tous les problèmes et angoisses à une autorité supérieure à laquelle on fait aveuglément confiance pour tout résoudre et nous protéger. Je crois que notre dignité d'homme nous demande de ne pas démissionner, même si c'est beaucoup plus confortable que de vivre avec des doutes et de l'angoisse philosophique.
  6. Objectivité et vérité.
    Il y a et il y aura des vérités scientifiques sur lesquelles tout le monde tombe ou tombera d'accord. La vérité philosophique est une autre histoire quant à l'objectivité elle est toute relative.
  7. Le temps.
    Pour moi, les nombres ne peuvent pas être infinis. Le plus grand nombre possible est celui qui serait calculé dès maintenant jusqu'à la fin de l'univers, avec l'ordinateur le plus rapide, ce qui en ferait assurément un très grand, mais pas infini !

A bientôt.

Jean-Pierre Burri

 

Commentaires de D. M. :

Merci pour les réponses. J'ai finalement lu ce que vous proposez comme morale qui serait fondée sur la philosophie du Big Bang, j'ai lu aussi certaines réactions de personnes qui ont lu cette philosophie. Je peux vous assurer que c'est une bonne entreprise, qu'elle mérite d'être poursuivie, que les thèses soient approfondies et que le résultat final soit publié pour le grand public.

Je suis d'accord avec la plupart de vos thèses, mais elles nécessitent encore quelques clarifications et, comme je venais de le dire, un approfondissement.

Je constate que ce que vous appelez morale de la philosophie du Big Bang est tout simplement une ontologie de l'être fini, avec des conséquences éthiques.

Ce qui me réjouit le plus, c'est le respect de l'exigence philosophique d'une recherche qui ne démissionne pas, et qui ne propose pas de réponses prétendument définitives, parfois très idéologiques, comme le font les différentes religions, surtout les religions monothéistes, qui, par nature, sont intolérantes.

Toutefois, je dois reconnaître que les concepts de fini et d'infini ne sont pas encore clairement établis, et que certaines prises de position morale sont tout simplement discutables, au moins à l'heure actuelle, (la question de la mondialisation par exemple où vous faites montre d'un optimisme que les faits semblent démentir ; votre conception du progrès humain...).
Je vais revenir sur la plupart de ces thèses éthiques, sur les réponses que j'ai reçues de votre part et sur certaines réponses publiées pour en faire une analyse et un commentaire. Mais cela sera fait au courant de la semaine, pour des raisons de disponibilités personnelles.

Si les religions se disputent, c'est parce qu'elles n'arrivent pas à percevoir leur essentiel, qu'elles confondent l'aspect culturel historique de leur constitution avec la recherche du sens de l'existence, qu'elles prétendent avoir une réponse définitive à toute question, dans presque tous les domaines de l'existence humaine et du monde, et en cela, elles se trompent. N'oublions pas, pour comprendre leur attitude, le rôle historique qu'elles ont joué dans la constitution des Etats modernes.
(Approfondissement pour la fois prochaine : cas du christianisme, de l'islam, de l'hindouisme, du bouddhisme et de certaines religions africaines).

Je reviendrai aussi sur l'aspect proprement et scientifique de la question qui nous occupe.

Je suis très heureux d'avoir fait votre connaissance, et de l'entretien que nous tenons depuis peu.

A la fois prochaine,
D. M.

 

=================***=================

 

Questions de A. B. :

Pour quelles raisons avez-vous composé la philosophie du Big Bang ?

A. B.

 

Réponse à A. B. :

J'ai toujours été préoccupé, depuis le début de mon adolescence, par cette question :
Comment parvenir à la vérité par la science et comment en déduire une morale ?
La science a un côté universel incontestable qui me fascinait. Je me rappelle ce professeur, quand j'avais 11 ans, qui nous disait que si l'on demandait à un étudiant à Genève, un autre à New York et un troisième à Tokyo, de calculer le poids du soleil, ils arriveraient tout au même résultat, s'il n'y avait pas d'erreur de calcul. Quel avantage par rapport aux religions, où on se bat depuis des milliers d'années pour savoir qui a raison.

La philosophie du Big Bang est donc un essai d'arriver à la vérité par la science et le raisonnement et d'en dégager une morale (avez-vous lu "Les conséquences morales de la philosophie du Big Bang" en cliquant en haut à gauche de la première page ?).

C'est une philosophie qui part du big bang. Elle est la première à mon sens à incorporer les notions de temps et d'espace qu'on trouve dans la théorie de la relativité. C'est en quelque sorte un retour aux pré-socratiques avec des connaissances scientifiques largement plus répandues.

Jean-Pierre Burri

 

 Suite des réponses aux questions posées par E-mail.

 

 

Page principale.

Débat avec Laurent Ghyselinck.

Réponses aux questions posées par les personnes de langue anglaise.

Important : Les conséquences morales de la philosophie du Big Bang.

E-mail: info@BigBang.org